Tiraz a autrefois, dans l’ancienne langue perse, signifié « fil d’or ». Au cours du temps, de proche en proche, il a bientôt désigné l’artisan puis, l’atelier où se fabriquent les étoffes. Ce seul mot perpétue l’alliance ancestrale de la matière et du savoir-faire qui, d’un carré de tissu, enveloppe l’homme en même temps que son mystère. Tiraz, la boutique, n’a rien du simple commerce puisqu’en ses lieux, ce qui importe, c’est de faire découvrir l’art du tissage indien dont le luxe des matières et la finesse d’exécution restituent au monde d’aujourd’hui une magie lointaine. Ici, ce sont principalement des étoles en soie, des châles pashmina, des foulards divers en cachemire, laine, coton, de toute provenance, qui font découvrir le travail des maîtres tisserands de l’Inde. Tiraz est une boutique- musée qui vend et expose les textiles de l’Inde entière, textiles aux couleurs naturelles qui offrent pour la mariée, la pure blancheur, pour les uns et les autres, les verts éclatants des rizières, les ocres de la terre sèche, les ors du soleil…. C’est le lieu où l’on saura vous parler des rouges grenades, des jaunes curcuma, des dessins peints directement à la plume de bambou, des couleurs fixées au lait de buffle, des tissages tribaux sur métier à bricole, des brocarts de soie filés d’or et d’argent, des cotonnades ikat où les fils de chaîne sont teints par segments …. C’est là que vous trouverez de véritables pashminas à prix raisonnable. Le merveilleux d’un pareil endroit est de découvrir que le tissage indien raconte des rites et des croyances. Toutes les étoffes sont presque des poèmes. Les cachemires les plus délicats sont des rubans de laine diaphane qui glissent entre les doigts comme le frôlement d’un vent léger. Les soies mouga, déclinées dans toutes les gammes de l’or étincelant, vieilli ou platine, font selon le tissage, des dunes de désert ou des trames de clarté. La soie eri, très résistante et surtout non violente (son cocon est naturellement pourvu d’un trou qui permet au papillon de s’envoler libre), est parfois tissée à même la « bourre » du cocon pour ressembler à une laine brumeuse. Le coton lui-même redevient une fibre précieuse par sa qualité propre et celle du travail qui en fait une parure légère avec des alternances de brillance et de matité. Ici et là, sur ces drapés se déchiffrent parfois des décors brodés; depuis la simple fleur jusqu’au dessin abstrait, l’artisan continue de mêler à son travail une pensée tantôt prosaïque, tantôt sacrée. Pour celui qui promène son regard et son toucher au milieu de toutes ces soieries, tout s’éclaire lorsque, d’un amas de plis que l’on déroule, naît un vêtement parfaitement ajusté au corps et, plus intimement, à ce moi si discret. La vraie nouveauté commence alors : se découvrir en se couvrant d’un foulard qui habille, d’une étole qui fait un froufrou de gaîté, d’un châle qui se pose comme un nuage de pudeur. Ces accessoires nous deviennent alors essentiels. Nous, c’est-à-dire, chacun, homme ou femme. Houssena, par qui nous viennent toutes ces richesses, ne dit-elle pas en souriant : « Chaque homme devrait avoir 365 écharpes…et la femme, davantage ». Hélène Desrosiers
|